Radio Margo

Le soulagement du pot de cornichons

Quand tu dévisses quelque chose, tu sais que tu as réussi au moment où ça fait une sorte de clic. Les cornichons, le jus d’orange.

L’arrivée en Amérique, quand le pont s’est dessiné en rouge dans la baie, sur le ciel et la montagne, c’était comme d’ouvrir un pot de cornichons.

Toutes les décisions qu’elle avait prises, les erreurs commises, les gens qu’elle avait aimés, tout l’avait menée à l’Amérique.

Comment survivre chez les Tudors

D’abord bande de coquins, je me suis aperçue que sur mon poste « Il meurt lentement… » j’avais eu 9 partages sur Facebook. Je sais pas qui vous êtes mais je vous aime.

Bon en partant pour la Californie je cherchais un roman à la gare, et me suis donc dégoté un roman de gare, The taming of the Queen, par Philippa Gregory. Ca parle de Catherine Parr, la dernière femme de ce foutu Henry VIII, qui réussit l’exploit de lui survivre. A priori le roman est assez proche de l’Histoire mais évidemment genre oblige il y a quelques scènes de cul un peu inutiles et relativement mal écrites, j’imagine censées émoustiller monsieur ou madame. Mais bon, j’ai globalement trouvé ça assez cool à lire, d’autant que je ne lis presque plus de romans malheureusement parce que quand j’ai fini de lire des bouquins pour le boulot je m’écroule devant Netflix j’ai besoin de reposer mes yeux.

Mais l’intérêt de ce roman quand même, c’est les luttes intestines (et d’ailleurs à certains moments, dans tous les sens du terme, vu la piètre santé de sa majesté le tueur en série) pour la réforme de l’église. La Catherine Parr du roman se bat pour que le protestantisme devienne religion d’état et cela passe par, et a pour objectif, l’accès au texte. Elle crée un groupe de lecture sur la bible où elle invite des prêcheurs de tous bords, dont certains se feront écarteler ou découper en petits bouts, pour faire l’exégèse du texte. Dans un pays jusque récemment complètement catholique et dévoué au pape, cela signifie que soudain, la connaissance du texte ne passe plus par le clergé. Mais pour que ce texte soit accessible il faut le traduire. Et Catherine publie des traductions du latin vers l’anglais auxquelles elle travaille de très longs mois, qu’elle affine, qu’elle fait examiner, etc. J’ai bien aimé la description dans le roman de l’esthétique de la traduction. Forcément c’est imbibé de grâce et de spiritualité, mais c’est pas désagréable. Elle se sent investie d’une mission qui la pousse à rechercher l’exact mot pour traduire ce qu’elle estime être la parole divine.

Voilà donc en fait ce roman, que je ne vous recommande cependant pas du tout car il y a beaucoup d’autres choses à lire dans le monde sauf si vous êtes face au choix limité de la gare St Pancras, fait de cette reine une femme académique – elle fut dans la vraie vie la première reine à publier sous son nom un recueil – et c’est d’ailleurs sa culture et son érudition qui l’aurait sortie de fort mauvaises passes. A des moments elle est ce qu’on appelerait aujourd’hui féministe, en tout cas il y a une indéniable solidarité entre elle et ses femmes de cour pour simplement survivre au règne de ce fou furieux d’Henri et résister à ses humiliations, qui passe par la lecture, la recherche et l’émancipation. Elles cherchent à comprendre la théorie, plutôt la théologie, par elles-mêmes, au lieu de se faire donner la becquée – qui est la tradition religieuse à l’époque, pour les hommes comme pour les femmes.

 

Passion Gagarine

Je suis obsédée par la conquête spatiale en ce moment.

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« Cosmonauts: Birth of the Space Age » – Konstantin Tsiolkovsky’s Album of Cosmic Journeys http://www.sciencemuseum.org.uk/visitmuseum/Plan_your_visit/exhibitions/cosmonauts.aspx – à London Science Museum.

Mars, la Lune, la 9e planète, je fais pas de discrimination.

Les terminales à qui je fais cours font tout le programme en classe. Parfois je dois les aider avec la méthodo, d’autres fois leur expliquer une notion, mais globalement, je leur fais des cours sur des trucs de la vie.

La philosophie parmi différentes fonctions qu’elle peut et qu’elle doit avoir a aussi celle de s’interroger sur ce que nous sommes dans notre présent et dans notre actualité.

Michel Foucault

Par exemple je me suis aperçue que la plupart n’avaient pas abordé les attentats de novembre en classe. DAMN moi qui croyait que la philo était faite pour ça. Un de mes élèves n’avait pas envie d’en parler car il avait l’impression d’en avoir trop entendu parler, mais je lui ai pas laissé le choix.

La dernière fois on a fait un cours sur le contrat social et pour rigoler j’ai rajouté Bakounine, l’anarchiste russe. J’avais trouvé un site qui faisait ça et j’ai trouvé ça trop rigolo. Sur le fond et la forme, ni Dieu, ni maître, mais de la rigueur intellectuelle.

 

Et donc, la conquête spatiale.

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« Cosmonauts: Birth of the Space Age » http://www.sciencemuseum.org.uk/visitmuseum/Plan_your_visit/exhibitions/cosmonauts.aspx – à London Science Museum.

 

Je suis en train de préparer un cours là dessus.

Il y a plusieurs notions qu’on peut aborder:

  • l’alien, c’est à dire au sens étymologique l’autre. Là on peut parler d’évènements comme la conquête du territoire américain, l’esclavage, la controverse de Valladolid, etc.
  • la propriété et le droit: l’espace est soumis au droit maritime, pour l’instant.
  • enfin développer des outils pour réponse à la question de comptoir: « pourquoi conquérir Mars pour y développer la vie, au lieu d’améliorer la vie sur Terre? »

Pour aller plus loin, l’émission Les nouveaux chemins de la connaissance sur Hannah Arendt et la conquête de l’espace, ici.

 

 

 

Il meurt lentement celui qui ne voyage pas, celui qui ne lit pas, celui qui n’écoute pas de musique, celui qui ne sait pas rire de lui-même. (Pablo Neruda)

Coucou !

J’avais abandonné cet endroit, ça a fait des moutons, ça sent le rance, et des poils ont poussé sur une assiette que j’avais laissée là.

Ces derniers mois, je me suis occupée d’un autre blog en plus de ma thèse, j’étais un peu à sec de mots. J’avais des choses à dire – étonnant – mais pas la capacité de les articuler.

Je lisais le Géo de Janvier. La première fois que j’ai rencontré C., on a parlé de Géo, des anciens dans ma chambre. On parlait de comment c’était drôle de lire des vieux magazines avec des pays qui n’existent plus, des guerres oubliées, celles dont on ne sait plus trop pourquoi et quand elles ont commencé. Avec un copain on parlait du supplément agrafé au milieu sur les rites funéraires de l’Himalaya qu’il n’avait pas eu le droit de lire, et 15 ans après, il s’en était souvenu et était allé voir. On en a appris des choses là-dedans. Comme qu’on peut se faire quécro par des vautours après être mort.

Le dernier Géo parle de Mars. Comme disent les anglo-saxons : WHAT A TIME TO BE ALIVE. J’en ai les poils qui se dressent. Si tu m’avais dit, quand j’avais 8 ans, que Géo causerait de la Terre mais en plus de Mars comme d’un endroit où mettre les pieds. Ils y expliquent qu’après avoir voyagé sur Mars les cosmonautes ( jamais j’utiliserai un autre mot c’est trop beau) doivent rentrer dans l’atmosphère à un angle précis pour pas se roussir les poils ou, si l’angle est trop aigu, repartir à jamais dans l’espace. Sauf que c’est impossible du premier coup, donc l’idée c’est de rebondir plusieurs fois jusqu’à pouvoir rentrer là-dedans comme dans du beurre.

Je vous laisse un moment pour y réfléchir.

Entre le Vietnam et le Cambodge, sur le Mékong, sous le déluge. (photo Valentin Rota)

Entre le Vietnam et le Cambodge, sur le Mékong, sous le déluge. (photo Valentin Rota)

Jules Renard a dit : « Quand je pense à tous les livres qu’il me reste à lire, j’ai la certitude d’être encore heureux ». Et bah moi quand je pense que je vis dans un monde où y a des gens qui essaient de faire pousser des petites plantes sur Mars, mais aussi un monde où j’apprends qu’en 1965 Nabokov, Neruda and Borges étaient en compétition pour le prix Nobel de littérature, et bah ça va. Alors oui il y a la guerre et des phallocrates au Festival d’Angoulême, mais il y a aussi des hommes qui renoncent à la compétition parce que c’est pas juste et que comme j’ai lu sur twitter : « deux mille seize putain, on n’a pas le cul sorti des ronces ».

Mais on va y arriver. Et au pire on ira sur Mars.

Demos

Ce matin, je travaille sur la démocratie.  Hier, j’ai écouté un post sur la tyrannie des experts.

Comment tracer la limite entre technocratie et discussion de comptoir?

Comment prendre en compte la souffrance et la phénoménologie des événements sans être accusés de démagogie?

Comment mettre de côté cette souffrance pour se concentrer sur des données (qui peut être permettront d’apaiser cette souffrance) sans être accusés d’inhumanité?

Manif du 1er mai 2012

Manif du 1er mai 2012

Il faut continuer de parler, je pense, et de faire de l’école, de l’université, du travail des laboratoires informés de la démocratie. Les médias ne disent pas tous la même chose: il faut s’informer le plus loin possible, lire le plus de choses possibles sur le même sujet.

La démocratie marche assez bien: tant qu’on continuera à s’engueuler, ça va.

La poésie, c’est ce qu’on rêve, ce qu’on imagine, ce qu’on désire et ce qui arrive, souvent. (Jacques Prévert)

Aujourd’hui, trois vidéos où les poètes récitent eux-mêmes leur poésie. Tous en anglais, désolée, mais c’est sublime.

« We teach life, sir », par Rafeef Ziadah, poète et activiste palestinienne.

 

« Home », par Warsan Shire, auteur, poète, éditrice et enseignantes Anglo-Somalienne.

 

« What if », par Lemn Sissay, britannique gagnant du Darwin Prize.

 

« Sons », par Terisa Siagatonu et Rudy Francisco

 

Ils ont tous fait des livres mais c’est beau de les écouter.

 

 

Les copaings

Coucou les copains. Je vous ai bien négligés ces derniers temps. Tenir un blog c’est pas facile, mais deux!

Je publie toutes les semaines sans faillir ici: https://artraker.wordpress.com/

Si vous voulez tout un tas d’information sur l’art et la guerre c’est ici: https://www.facebook.com/ArtrakerFund?ref=bookmarks

ou ici: https://twitter.com/ArtrakerCIC

 

Aujourd’hui je parle des gens formidables autour de moi (j’éditerai ce post, il y a des gens que j’ai pas mis car leur site est en chantier):

Yen a qui font de la photo:

Nicolas Velut

Félix Elvis

Noëllie Fournier

 

Des documentaires:

http://www.touristwithatypewriter.com/

 

Et d’autres choses trop cool:

Une appli pour retrouver les gens au Père Lachaise: http://www.superlachaise.fr/

Une plateforme pour animer tes bds: https://twitter.com/AtelierCapsule

 

 

Pour finir un débat

Cette semaine je suis en vacances, donc voici une citation à la place d’un post:

Un des écrivains français les plus fins du XXe siècle, Paul Valéry, avait un parler grossier. Cela choquait Paul Léautaud raconte que, quand il avait eu une grande conversation intellectuelle, Paul Valéry la concluait par l’expression suivante : « Et d’ailleurs, on s’en fout. » C’était évidemment une manière de dire : je n’ai pas voulu vous embêter avec ça, pardon si j’ai eu l’air de vous écraser de mon intelligence, ce qui compte dans la vie, c’est l’égalité dans les rapports humains.

Source: http://www.franceculture.fr/emission-secret-professionnel-le-secret-professionnel-de-la-politesse-au-moyen-de-la-grossierete-201

Lost in translation

Vous savez que j’ai pas mal réfléchi aux politiques de la traduction ces derniers temps. J’adore faire de la traduction, tu fais à la fois l’exégèse du texte en même temps il y a une part créative que je retrouve peu dans mon travail académique. Mais vous le savez peut-être aussi, j’ai commencé à travailler pour une organisation qui s’occupe d’artistes qui travaillent sur le conflit, qui viennent de zones de conflits ou qui font des choses qui n’ont pas forcément à voir avec la guerre mais qui l’ont vécue. Vous pouvez voir ce que je fais pour eux ici : https://artraker.wordpress.com/

Au sein de cette organisation je suis entre autres employée au développement du projet Positive Peace, c’est-à-dire une paix qui n’est pas passive mais qui au contraire essaie de mettre en place une paix créative, sur le long terme, qui implique tous les acteurs, etc.

Et donc, pour en venir à ma réflexion du jour, j’ai commencé à chercher ce qui existait en matière de traduction pour la paix. Si la traduction a une dimension créative, et j’en suis persuadée, et que la créativité fait partie des processus de paix, et j’y crois vraiment, alors la traduction est peut-être davantage que simplement un outil de négociation. La traduction n’est pas simplement une technologie.

On sait comme les erreurs de traduction peuvent mettre encore plus de tensions dans un processus diplomatiques.

On sait aussi  comme certains spectateurs ont été perdus par Lost in Translation, en y voyant un film raciste. Ca me parait injuste (Attention! je ne nie pas la légitimité des spectateurs à y voir du racisme, à cause de la reproduction des stéréotypes), car la réussite du film est de montrer comment les deux personnages voient les Japonais. Bob est cynique et Charlotte est naïve. Les Japonais leur apparaissent comme des aliens exubérants. Même si les personnages peuvent être attachants, j’y ai vu aussi une critique des Américains qui arrivent et qui ne font pas d’effort pour aller vers une culture inconnue – sans aller dans une présupposée dimension post-coloniale du film. Charlotte n’arrive pas à communiquer avec l’actrice américaine qui se dit « arexique ». Bob n’arrive pas à communiquer avec sa femme qui lui parle en couleurs de moquette. Vous savez ce moment, si vous avez vu le film, assez mémorable où Bob tourne une pub pour le whisky Suntory et le réalisateur parle pendant 15min et la traductrice lui transmet une minuscule phrase d’instruction. Pour moi ça résume l’expérience de Bob et Charlotte du Japon (mais pas l’intention du film, à mon avis): ils sont au cœur d’une culture extrêmement riche, millénaire, très éloignée de celle des Etats-Unis, et ils n’en retiennent que la télé qui braille et le karaoké. Il faut vraiment faire la différence entre la créatrice et ses personnages ici: les stéréotypes sont-ils dans le film ou dans les têtes de Bob et Charlotte?

Mais les spectateurs sont aussi des interprètes (d’ailleurs la scène finale du film donne lieu à un des plus grands mystères du cinéma de ces dernières années), et le traducteur encore plus. Vous vous souvenez quand j’ai dit que la médiation culturelle se disait « interpretation » en Anglais. C’est vraiment un travail fascinant que d’essayer de laisser un texte nous parler, de comprendre ce qu’il veut vraiment dire, tout seul. Je pense qu’il y a vraiment quelque chose à creuser ici en matière de processus de paix et je vous en reparlerai.

Noam et Michel, 1971.

Dans cette vidéo, l’ultimate fight Chomsky vs Foucault. Pas de K.O. en 34 secondes mais ça fait près de 45ans que le débat fait rage sur qui a réellement gagné*. Foucault a décidé de faire sa partie en Français au lieu de l’Anglais, et la partie de Chomsky est sous titrée.

 

 

C’est un peu longuet, mais rien n’empêche de l’écouter comme un podcast, si vous comprenez l’anglais.

La rumeur raconte que Foucault fut payé avec un pochon de beuh.

 

 

 

*Evidemment, Foucault.