Radio Margo

Mois : juillet, 2015

Said vs. Beyoncé

Vous savez pourquoi j’aime la théorie critique? Parce qu’elle peut être matière à un jeu de cartes à collectionner:

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Comme les cartes Pokemon, ou Yu-Gi-Oh, mais avec des gens encore plus badass.

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C’est rigolo et iconoclaste, mais j’aime à penser que la théorie critique, si elle s’occupe de sujets sérieux, a tellement de place pour la réappropriation et l’empowerment que ça n’est que l’extension logique de la discipline.

A se procurer ici. Maintenant qui veut jouer?

 

Sur l’émancipation 2ème partie – Gayatri Spivak

Je vous avais promis de poursuivre sur Spivak et le langage. Je vous expliquais grossièrement dans le premier post sur le sujet que pour elle il n’y avait pas de hors-texte quand on s’intéressait à la construction du nationalisme.

Je vais vous parler aujourd’hui de ce que Spivak appelle les politiques de la traduction. Cela vient de ma recherche évidemment sur l’articulation théorie et pratique, mais aussi sur une frustration de voir des textes rendus inaccessibles par le fait qu’ils n’ont pas été traduits.

Ce que Spivak appelle politique est en fait une possibilité d’émancipation féministe, en fait, traduire des femmes pour les rendre accessible dans une autre langue: sa langue maternelle, concept auquel Spivak dévoue une partie importante de son travail, notamment sur comment ce qu’elle considérait être la langue de sa mère a été transformée par l’administration britannique en une fiction, celle d’une langue nationale. Si on veut établir en sciences humaines une vraie représentation à la fois en termes de genre et d’origine, cela passera par la solidarité féminine avec les auteures de pays moins représentés.

Une des façons de résister à l’invitation capitaliste du multiculturalisme à l’auto-identification et d’y faire concurrence est de donner le nom de « femme » à l’inimaginable autre.

Gayatri Spivak

Par ailleurs, apprendre le langage des auteures des pays du tiers monde est une tentative de les comprendre, sans essentialisme qui passerait par le langage, en essayant d’appliquer des mots, disons français, sur des concepts qui n’existeraient pas en français. C’est un pas vers ce qui a été construit comme l’autre par la théorie européenne. La traduction est le lieu d’un échange entre l’auteure et la traductrice qui ne signifie pas une absence critique mais bien la création d’un espace quasi intime de discussion sur le sens du langage. La traduction n’est pas hors-texte et traduire est une capacité d’action politique qui vient avec une responsabilité.

Je suis particulièrement d’accord avec elle lorsqu’elle dit:

La traduction est l’acte le plus intime de la lecture. Je m’abandonne au texte quand je traduis.

Gayatri Spivak

Il y a tellement d’auteures non traduites, Spivak en fait partie même si certains de ses ouvrages sont trouvables en français mais bell hooks par exemple, une des intellectuelles américaines les plus importantes, n’a jamais été traduite et est quasi-inconnue en France.

Cartographier le territoire du musée

Ceci est la traduction d’un article écrit pour le blog que je tiens pour l’organisation Artraker.

Mercredi je suis allée une conférence, “Mapping the Museum Territory”. Une des présentations était donnée par une chercheuse en médiation culturelle, Melissa Forstrom. Elle a notamment expliqué comment les plans de musées constituent en fait des récits élaborés. En se concentrant sur des plans du Met de New York et du British Museum elle a souligné ce qui était montré, qui était le « visiteur imaginaire » et ce qui était passé sous silence. Elle a expliqué par exemple que le choix par le Met de mettre le nom des mécènes sur la carte mais pas le nom des salles était un choix politique.

Plan du 1er étage du Met Museum Source: http://www.metmuseum.org/~/media/Files/Visit/museummap.pdf

Mais de façon plus importante, elle a fait le lien entre la création des musées et le début de la cartographie comme étant des inventions coloniales. La cartographie et les musées étaient deux façons pour le système impérial de produire un savoir sur les pays occupé. Dans ce sens, le territoire occupé était une invention et les musées avaient pour vocation originelle de mettre en scène l’imagination coloniale. Les cartes et les musées sont tous les deux de l’interprétation (mot anglo-saxon pour médiation culturelle).

Ainsi le plan de musée a, selon Forstrom, une dimension politique importante, attirant le regard du spectateur sur une oeuvre ou une autre, s’adressant au « visiteur imaginaire » comme à quelqu’un qui sait comment fonctionne un musée (par exemple où trouver un plan) ou quelqu’un qui a besoin d’aide pour visiter.

Couverture du guide du Met Museum Source: http://www.metmuseum.org/

Le problème, nous dit Forstrom, est que les musées sont toujours considérés par le public comme une autorité – un lieu de vérité. En plus, ils apparaissent comme objectifs, dégagés des discours. Les plans de musées sont, en conséquence, la représentation la plus objective de cette fiction qu’est l’objectivité des musées.

Itérations démocratiques

J’aime bien cette émission de France Culture, j’apprends vraiment beaucoup de choses sur un domaine auquel je ne connais rien, mais alors vraiment rien du tout.

L’autre jour l’émission parlait pourtant d’un collectif d’intellectuels marocains qui ont réagi aux attentats de Charlie Hebdo. L’émission évoque le problème de comment, même par les intellectuels français, ces auteurs étaient considérés, juste après les attentats, comme marocains d’abord, donc musulmans, donc forcément un peu coupables. C’est intéressant du coup de voir que leur réaction a été d’en avoir une: est-ce que du coup ils ne se justifient pas? Je  n’ai pas lu le livre, donc je n’en sais rien, mais il me semble que comme le titre du livre l’indique « Ce qui nous somme » (et d’après ce que j’ai compris dans l’émission), ils ont réagi d’abord au rassemblement post-attentats, plus qu’aux attentats eux-mêmes: il réagisse à la définition du « qui », et ils sont loin d’être tous d’accord. C’est à dire  mais je fais confiance aux auteurs qui s’y trouvent, notamment à Ali Benmakhlouf, qui rappelle que quoi qu’on pense de la liberté d’expression et de la laïcité, un juge avait tranché la question.

http://www.franceculture.fr/player/export-reecouter?content=5047599

En ce moment je travaille sur la question des itérations démocratiques, avec Seyla Benhabib notamment.

Une itération démocratique est un processus par lequel une société accorde de la légitimité à une décision par divers processus. Je vous en parlerai j’espère la semaine prochaine, mais je pense que ça a tout à voir avec cette émission.