Radio Margo

Tag: art

Londres 1

Je viens d’intégrer le Centre d’Histoire de la pensée politique à Londres. C’est un labo qui regroupe entre autres juristes, philosophes, politistes et bien sûr historiens. Chacun fait de l’Histoire de sa spécialité: les économistes font de l’Histoire de l’économie etc.

Hier par exemple, j’ai assisté à la présentation de M. Markku Peltonen, dans le cadre d’un séminaire d’Histoire des idées politiques. Son travail consistait à démontrer quelle forme avait prise, et quel rôle avait joué la rhétorique dans les débats du parlement britannique de la période élisabéthaine. Les débats sur le sujet, justement, sont plus houleux qu’on pourrait le croire, puisque l’exposant n’a pas hésité à qualifié un mouvement d’historiens travaillant sur la question de « révisionnistes ».

Lundi je me rends à une conférence sur l’art et la politique, à la Tate Modern.

art-politics-2

J’espère qu’on y parlera des drones ou au moins, de la guerre contre le terrorisme.

 

Trouvé dans le New-Yorker

 

PATRIK SVENSSON

Patrik Svensson

 

http://www.newyorker.com/magazine/2014/11/24/unblinking-stare

Art et Drones

Pas un insecte écrasé

En 2014, la guerre se fait à distance à travers un oeil qui voit des cibles, mais pas de visages. Une partie du processus de déshumanisation des victimes consiste pour les opérateurs de drones à les appeler « bugsplat » (insecte écrasé) [1]. Vue du champ de bataille depuis un écran d’opérateur de drones
Quand un collectif de journalistes (Bureau of Investigative Journalism) se mobilise pour donner à chaque victime un nom [2], des artistes lancent un projet pour inverser le processus de déshumanisation et de désubjectivation qui rend possible la guerre par les drones. Dans l’esprit de JR et de ses immenses photographies, #notabugsplat (« pas un insecte écrasé ») est une installation qui redonne un visage aux victimes des frappes de drones. Il s’agit de l’installation dans un champ, au Pakistan, de l’immense portrait d’une petite fille, visible depuis la caméra du drone.

http://notabugsplat.com/

Installation #notabugsplat

Dans Éthique et Infini, Emmanuel Lévinas expliquait que la morale n’existait pas sans la relation à l’autre, relation se manifestant dans le visage de l’autre, celui qui me renvoie à ma responsabilité et ma culpabilité. Cependant, la petite fille représentée sur le portrait #notabugsplat n’est pas une victime de drone – elle aurait perdu une grande partie de sa famille mais n’a pas elle-même été assassinée dans une frappe. Il y a donc une part de fiction, qui importe pourtant peu : le visage de cette petite fille devient universel. Plus qu’un visage de victime, c’est le visage de l’altérité au coeur de la morale lévinassienne, qui renvoie l’opérateur de drones, et tous les spectateurs de ce portrait – souvent ignorant de cette nouvelle forme de « combat » – à leur culpabilité, comme le regard caméra qui, dans une oeuvre fictionnelle, crée un malaise. Si la déshumanisation est un processus politique long, le portrait qui vient s’interposer devant le drone replace l’éthique dans l’instant de la frappe.

[1] http://www.aljazeera.com/indepth/opinion/2011/11/201111278839153400.html
[2] http://www.thebureauinvestigates.com/2014/10/26/naming-the-dead-visualised/