Qu’est ce que la politique? Walden et 1984

Désobéissance civile ne veut pas dire retraite de la société civile.

Thoreau a écrit Civil Disobedience pendant la guerre des Etats-Unis contre le Mexique. Il a passé une nuit en prison pour avoir refusé de payer ses impôts: il ne voulait pas financer une guerre qu’il estimait injuste ou illégitime. Il explique tous les moyens qu’a un individu de désobéir en restant citoyen. Car mon argument, ici, c’est que se retirer du monde parce qu’on est pas d’accord avec n’est pas un acte politique. Ca ne veut pas dire qu’il est illégitime, ou inacceptable, mais on ne peut pas dire qu’il est politique à partir du moment où on se retire de la vie de la cité. Ne serait-ce qu’étymologiquement, ça ne tient pas.

Par ailleurs il a écrit Walden ou la vie dans les bois, l’un des livres que le narrateur d’Into the wild lit quand il part se retirer du monde. Le problème de McCandless, c’est qu’il n’a rien compris à Thoreau: celui-ci retournait régulièrement en ville pour voir les copaings et laver son linge. Il essayait d’être autosuffisant en nourriture et en confort, mais ne vivait pas comme un ermite. Thoreau ne détestait pas l’humanité, il était simplement critique de la société et voulait prendre du recul. Il est retourné vivre dans celle-ci après 2 ans 2 mois et 2jours. Le projet personnel de Thoreau n’est devenu, selon moi, politique que lorsqu’il l’a publicisé dans un livre. C’est-à-dire que si ce n’est pas destiné à changer ou à parler de la société dans laquelle on vit, ça ne peut pas être politique.

Thoreau critique par exemple la valeur travail:

Tandis que sans hésiter mes connaissances entraient dans le commerce ou embrassaient les professions, je tins cette occupation (la cueillette des myrtilles) pour valoir tout au moins la leur… (…) Certains se montrent « industrieux », et paraissent aimer le labeur pour lui-même, ou peut-être parce qu’il les préserve de faire pis ; à ceux-là je n’ai présentement rien à dire.

Henry David Thoreau, Walden ou La vie dans les bois, p84.

Il y a un monde entre prendre du recul pour décoloniser son esprit et vivre en ermite. Même George Orwell a écrit 1984 à Barnhill, une ferme complètement isolée sur l’île de Jura, dans les Hébrides extérieures. Il écrivait mais était aussi très actif dans son jardin: Jean-Pierre Martin, dans L’autre vie d’Orwell, montre la banalité de son journal, qui parle de ce qu’il a cueilli ou chassé, de l’état de ses récoltes. Encore une fois, l’écriture a été rendue possible en s’isolant de la société, mais s’il n’avait pas donné son roman au monde, ce projet n’aurait pas grand chose de politique.

 

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